Marlène Schiappa : analyse d’une communication politique

Aujourd’hui, je vais vous analyser une vidéo de 3 minutes 05 de Marlène Schiappa (Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes) qui comporte un sous-texte politique que je trouve parfois assez dérangeant sur un sujet aussi grave que les violences faîtes aux femmes (et fillettes).

« De façon générale, connaissez vos droits, faites les respecter » : Je suis totalement d’accord.

Cas 1 : « Un inconnu dans un bar m’a touché les seins »

Pourquoi un inconnu ? Pour rappel, les 3/4 des viols (en France) sont commis par une personne que la victime connaissais. La façon dont la question est tourné laisse penser, de manière inconsciente, que la situation est différente si la personne est connu (ce qui est faux). Cela peut donc avoir l’effet pervers de « couper la parole » aux femmes qui se représente une agression sexuelle obligatoirement avec un inconnu, mais qui ne prend pas conscience que les mêmes actes réalisés par quelqu’un de connu reste tout aussi illégale.

Cependant le rappel des risques judiciaires est une bonne chose.

Cas 2 : « Je me fais suivre dans la rue »

Ha, on va enfin avoir une réponse concrète et utile à une situation concrète et stressante qui touche de nombreuses personnes.

Va t-on avoir des conseils permettant de préserver son intégrité physique, comme éviter de s’isoler et rester autant que possible dans une foule ? Comme porter une « arme » d’autodéfense ? Comme prévenir quelqu’un par téléphone ?

Voyons la réponse :

« À l’avenir » : déjà, pour la réponse concrète et immédiate, on peut oublier.

« on voudra que les forces de l’ordre, la police de la sécurité du quotidien » : vous voyez comment on peut caler une promesse de campagne discrètement ? En effet, pourquoi la Police Nationale ou la Gendarmerie ne pourrait pas agir ? Ils sont bien censé protéger les populations et faire appliquer la loi, non ?

« puissent intervenir en flagrant délit pour qu’on ne suive pas les femmes dans la rue » : flagrant délit de quoi ? En effet, à par le harcèlement pour des cas répétés, je vois mal comment on peut reprocher à un individu de se déplacer librement (ce qui est un droit fondamental, rappelons-le) au motif qu’il suit une personne (ce qui n’est pas, à ma connaissance, un acte pénalement répréhensible). Donc là,  on dit juste que dans le futur on appliquera une mesure inapplicable car sans fondement juridique, voire inconstitutionnelle.

Cas 3 : « J’ai 12 ans et un copain m’a forcé à regarder du porno sur son smartphone »

Dans cette situation, le message a un caractère pornographique ET est susceptible d’être vu par un mineur. Il est bien évidemment diffusé de manière active. De plus, on va supposer que le copain en question a plus de 10 ans et qu’il est donc responsable pénalement de ses actes. Par conséquence, on pense tout de suite à :

Article 227-24 | Code Pénal
Le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent, incitant au terrorisme, pornographique [...], soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur.

Voyons voir la réponse :

« On est en train de travailler dessus » : donc rien n’existe actuellement ? C’est ballot 😦

« avec le ministre de l’Éducation nationale » : donc le sous-texte est qu’il s’agit d’un problème qui concerne principalement l’école.

« pour voir comment on peut limiter l’accès des enfants à la pornographie » : on peut remarquer que l’on passe d’un coupable et d’une victime à deux victimes.

« ça ne peut pas être le premier contact, la première représentation, que des enfants se font de la sexualité. » : on englobe tout les enfants, sans faire de distinction et on sous-entent que ce contact avec la pornographie est effectivement le premier.

C’est là où l’on remarque que l’âge choisi dans le cas n’est pas innocent. En effet, vous pouvez remarquer que pour le cas « J’ai 16 ans et un copain m’a forcé à regarder du porno sur son smartphone », l’argumentation ne tient plus : en effet, la majorité sexuelle étant à 15 ans, il n’est pas inenvisageable d’imaginer qu’il y a eu relations sexuelles avant d’avoir vu le porno.

Enfin, j’aimerai faire remarquer qu’il y a un mot dans le cas qui est particulièrement important : « m’a forcé »

En précisant cela, on indique clairement l’absence de consentement. Ici, je trouve regrettable que l’on s’intéresse uniquement sur « mineurs + pornos = victimes », en incluant le copain dans la liste des victimes, sans s’intéresser à la pression, physique ou mentale, exercé par le copain à la victime et qui peut éventuellement relever tout aussi, voire plus destructeur que le simple visionnage d’une partie de jambes en l’air (#HarcelementScolaire).

Enfin, pas un mot incitant à en parler à ses parents ou professeurs, afin de parler du traumatisme vécu par le visionnage de pornographie, et accessoirement par les pressions physiques ou mentales subit.

Cas 4 : « En soirée, un garçon est insistant mais mes amis ne font rien. »

« Changez d’amis » : Merci pour le conseil (qui peut également s’appliquer au cas précédent), mais sinon ? Y’a un moyen pour être sûr de ne pas se faire violer, comme partir (accompagnée par des personnes fiables) avant que la fête ne dégénère trop ?

Cas 5 : « Je me suis forcée à faire l’amour avec mon mari »

« Le viol conjugal existe en droit français » : Merci pour ce rappel utile.

« donc il y a des viols, mais si vous vous êtes forcée sans manifester le fait que vous n’étiez pas consentante, on est sur un sujet difficile. Je vous recommande d’en parler directement avec votre mari si vous êtes dans une relation de confiance et d’amour. » : passage assez bien, si ce n’est l’absence de recommandation d’aller porter plainte.

Cas 6 : « Je suis en 4ème et mon professeur me dit qu’il est amoureux de moi. »

Je souhaite attirer l’attention sur le fait que l’on parle d’une relation professeur/élève.

« Un adulte en France n’a pas le droit d’avoir une relation sexuelle avec un enfant qui a moins de 15 ans, c’est de la pédocriminalité [bonjour pédobear] » : ici, il est intéressant de laisser penser que la limite d’âge est de 15 ans, et non 18 ans, ce qui est vrai SAUF lorsque l’adulte en question est un… professeur :

Article 227-27 | Code Pénal
Les atteintes sexuelles sans violence, contrainte, menace ni surprise sur un mineur âgé de plus de quinze ans sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende :

1° Lorsqu'elles sont commises par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ;

2° Lorsqu'elles sont commises par une personne qui abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions.

Mais bon, quand on parle de pédocriminalité, on ne peut qu’être d’accord avec les mesures restrictives qui vont avec. Et voyons voir la suite :

« et pour être sûr que les viols » : alors là, on déborde carrément du cas : on passe d’une simple déclaration d’amour d’un professeur à un viol (acte commis avec violence, contrainte, menace ou surprise). Mais bon, le viol est bien plus percutant.

« que les viols soient désormais  bien condamné comme des viols » : on insiste bien à l’oral sur le VIOL. Mais bon, éviter la correctionnalisation des crimes (le fait de considérer les crimes comme étant des délits, afin de changer de types de tribunaux et de peine) est une bonne chose si cela peut éviter un reclassement d’un viol en atteinte sexuelle.

« nous créons en plus, nous renforçons le droit et nous ajoutons un seuil, un âge en dessous duquel on considère qu’un enfant n’a jamais pu être consentant » : d’accord, prenons un cas concret et imaginons le professeur Paul et l’élève Manon, élève de 13 ans en quatrième ainsi que la création de ce droit, avec un seuil de 10 ans :

  • Le professeur fait une pénétration sexuelle par violence, contrainte, etc = viol (article 222-23 du Code Pénal)
    • 20 ans car commis sur un mineur de quinze ans (article 222-24 du code Pénal)
  • Le professeur  fait des atteintes sexuelles sans violence, contrainte, menace ni surprise :
    • 5 ans car commis sur un mineur de quinze ans (article 227-25 du Code Pénal)
    • 10 ans si l’abus d’autorité est retenu (professeur – article 227-26 du Code Pénal)
  • Le professeur fait des agressions sexuelles avec violence, contrainte, menace ou surprise
    • 7 ans lorsqu’elles sont imposées à une personne dont la particulière vulnérabilité due à son âge […] est apparente ou connue de son auteur (article 222-29 du Code Pénal) ou par une personne abusant de l’autorité que lui confère ses fonctions (article 227-26 du Code Pénal). Y’a mieux :
    • 10 ans lorsqu’elles sont imposées à un mineur de quinze ans (Article 222-29-1 du code pénal)
  • Si Paul pénètre Manon avec violence… , il se prend 20 ans -> cela ne change pas
  • Si Paul pénètre Manon sans violence…, on passe d’une atteinte avec autorité (10 ans) à un viol (20 ans) : seul élément qui change
  • Si Paul agresse sexuellement Manon sans pénétration : dans les deux cas il y a absence de consentement donc il se prend 10 ans
  • Si Manon était consentante et qu’il n’y a pas eu pénétration, on passe d’une atteinte sexuelle avec abus d’autorité (10 ans) à une agression sexuelle sur mineure de 15 ans (10 ans), ce qui ne change pas grand chose à part le nom.

Comme quoi, l’exemple pour faire passer cette mesure est mal choisi puisque cela ne change quasiment pas, mais puisqu’on peut jouer sur un cliché et la peur populaire du prof pédophile, autant en profiter. Une personne lambda non concernée par les facteurs aggravants risquerai plus sur cette loi, mais bizarrement on préfère viser une population spécifique et symbolique.

Cas 7 : « Mon patron m’a touché la cuisse » > Pas de commentaire, faut bien que je rattrape le pavé écrit pour le cas précédent 😉

Cas 8 : « Un policier me demande lors d’un dépôt de plainte pour viol comment j’étais habillée » > Pas de commentaire, faut bien que je rattrape le pavé écrit pour le cas précédent 😉

Cas 9 : « Mon conjoint me dit tous les jours que je suis inutile. »

« C’est ce que l’on appelle du harcèlement moral ou de l’emprise, il essaye de vous rabaisser donc quittez-le. Vous pouvez appeler le 3919, aller voir un CIDFF, en parler avec des amis » : De bons conseils, rien à redire.

Cas 10 : « J’ai 40 ans et je décide de porter plainte pour un viol que j’ai subit à 14 ans »

Là, je sens qu’on va parler de prescription, je vais donc faire mes recherches avant d’aller voir la réponse 😉

La victime peut porter plainte jusqu’à ses 38 ans, si le viol a été commis sur un mineure (délai de prescription de 20 ans à partir de la majorité de la victime). Donc là je suppose que le choix du 40 ans n’est pas innocent.

« Ça n’empêche pas la plainte mais ça veut dire que la plainte ne pourra pas être suivie d’une condamnation en justice » : c’est c**, à deux ans près.

« c’est pour ça aussi qu’on travaille à allonger les délais de prescriptions pour les crimes sexuels commis sur mineurs. » : À quand la vidéo nous disant : « J’ai 50 ans et je décide de porter plainte pour un viol que j’ai subit à 14 ans » quand le délai de prescription sera passé à 30 ans ?

Cas 11 & 12 : No comment.

 

 

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